Une séquence pour parler des violences sexuelles

Je vous en avais déjà parlé dans un article précédent, c’est essentiel de parler de violences sexuelles à l’école pour lutter contre les abus mais aussi libérer la parole des victimes – enfants et adultes.

C’est un sujet très délicat que beaucoup d’entre nous n’ose pas aborder : on a peur du regard des parents, des collègues, de ne pas trouver les bons mots… et donc on ne fait rien. C’est dommage car même si on est maladroit, on arrive quand même à toucher les enfants, à leur expliquer qu’il existe des personnes malveillantes, et que faire si l’on se trouve dans une situation de violences (verbales, physiques, sexuelles…).

Voici comment j’ai mené ma séquence sur le sujet, peut-être que cela pourra vous aider à mener des actions similaires dans vos classes et parler de ce sujet si important.

  1. Lecture offerte de l’album « La princesse sans bouche »

    D’abord, j’ai lu à mes élèves (pour rappel j’ai des CE2-CM1) l’album La princesse sans bouche, un album de jeunesse magnifique qui parle de l’inceste. C’est l’histoire d’une petite princesse qui subit des agressions par son papa. Elle essaie d’en parler à sa mère, qui ne l’entend pas alors sa bouche s’efface pour disparaître complètement. Personne ne semble s’en apercevoir jusqu’à ce qu’elle se promène dans une forêt. Là, elle va sauver une biche et retrouver sa bouche pour raconter la vérité.
    A aucun moment les termes de viols, agressions sexuelles ou attouchements sont évoqués. Les termes sont simples « Son papa la touchait comme si c’était sa femme », ce qui permet de ne pas avoir à entrer tout de suite dans des mots durs, qu’on a du mal à prononcer.
    A la suite de la lecture, on a donc discuté de ce que les élèves avaient compris de l’histoire : les personnages, l’action… D’eux mêmes, ils ont expliqué les termes avec leurs propres mots aux autres élèves qui n’avaient pas de suite saisi le thème du livre. J’ai profité de ce moment pour leur demander si ce que le papa faisait était autorisé : la réponse est non.
  2. Travail de littérature sur l’album

    Dans un deuxième temps, nous avons travaillé sur le schéma narratif de l’histoire. On a repris le vocabulaire du livre : couverture, titre, auteur, illustrateur, éditeur… Puis nous avons fait le point sur l’histoire, les personnages, le lieu… Enfin nous avons parlé de la situation initiale, des péripéties, de la situation finale, des éléments propres au conte. Ces documents sont disponibles en téléchargement en bas de l’article.
  3. Les droits des enfants

    Pour aller un peu plus loin, nous avons abordé le droit des enfants à partir de la vidéo 1 jour, 1 question « Les droits des enfants ». De là, nous avons complété un document rappelant quels sont les droits des enfants et ce qu’ils pouvaient faire ou non. J’ai bien fait la distinction entre un droit et l’éducation donné par leurs parents. Par exemple : « Je peux jouer aux jeux vidéo en ligne » est autorisé, rien n’empêche un enfant de ne pas jouer aux jeux en ligne. En revanche, leurs parents peuvent choisir de ne pas les élever de cette manière et il y a des règles à respecter (notamment sur les âges conseillés).
    Cela a permis de mettre en lumière des droits inaliénables comme le droit d’aller à l’école, d’avoir une alimentation correcte, d’avoir une identité…
  4. Étude de cas à partir de l’ouvrage « Le petit livre pour apprendre à dire STOP aux violences sexuelles faites aux enfants »

    J’ai expliqué aux élèves que l’album nous permettait de parler d’un thème important : les violences sexuelles faites aux enfants. Pour cela, nous allions découvrir des situations qui peuvent arriver dans la vie de tous les jours.
    J’ai réparti les élèves en 4 groupes de 5 pour lire une situation par groupe, la raconter au reste de la classe et réfléchir à une solution pour résoudre la situation. Je me suis appuyée sur « Le petit livre pour apprendre à dire STOP aux violences sexuelles faites aux enfants » de Bayard Jeunesse qui est particulièrement bien fait. Il existe une version téléchargeable gratuite avec une partie des situations du livre.
    Cette activité a été très bien vécu par les élèves qui ont beaucoup aimé discuté de ce qui arrivait aux personnages et qui a malheureusement fait souvent écho à des situations réellement vécues par les élèves eux-mêmes ou quelqu’un de leur entourage : quelqu’un m’a parlé dans la rue, dans un jeu en ligne on m’a demandé mon prénom, ma cousine s’est fait suivre dans la rue… On a donc décortiqué chaque situation, essayé de trouver des solutions pour chacune pour toujours être en sécurité. Et surtout, j’ai tenté de déculpabiliser le plus possible les victimes : il faut rappeler aux enfants qu’ils ne sont responsables de rien et que ce sont toujours les agresseurs qui sont coupables, pas les victimes. C’est important de le dire car souvent, les agresseurs se servent du sentiment de honte de leurs victimes pour agir en tout impunité : « si tu le racontes je dirai que c’était de ta faute/je ferai du mal à ta famille… ».

    Pour terminer ce travail, nous avons rappelé les numéros d’urgence pour aider les enfants victimes de violence, sexuelle ou non : le 17 et le 119. Des numéros qu’ils ne connaissent souvent pas.
  5. Lecture offerte de l’album « Le loup »

    Pour clôturer cette séquence, j’ai lu l’album « Le Loup » qui parle également d’inceste. Il est intéressant car il évoque également les « secrets-bonbons » et les « secrets-poisons ». Je trouve ces termes très appropriés pour les enfants et cela m’a permis d’avoir un débat avec les élèves : quels sont les secrets bonbons et quels sont les secrets poisons ? Avec tout le travail fait en amont, les élèves ont rapidement parlé des violences sexuelles bien sûr, mais aussi des bêtises qui peuvent être dangereuses.

Mon organisation

Cette séquence a été réalisée sur une semaine, avec une activité par jour sur le thème. Les élèves avaient à disposition toute la semaine une série de livres sur la question – que l’on peut très bien étoffer car il existe d’autres ouvrages qui peuvent compléter cette sélection.
Les élèves ont très bien réagi et il n’y a eu aucun problème sur les termes ou la mise en oeuvre des activités. Du côté des parents, j’ai choisi de communiquer sur notre travail. Je leur ai donc écrit un message dans lequel j’expliquais la démarche et j’ai invité les élèves à en parler avec leurs parents. Je n’ai eu aucun retour négatif ! Au contraire, les élèves sont revenus en me disant que les parents étaient contents qu’on en parle à l’école. Dans le cadre de la coopération entre l’école et les familles, je trouve qu’il est essentiel d’être honnête avec les parents. Et puis pour éviter toute remarque, on peut s’appuyer sur les programmes scolaires, les journées ou semaines thématiques, comme c’était mon cas.

Et après ?

Pour la première fois, j’ai eu des retours directs de cette séquence. Nous avons quelques soucis avec un élève cette année qui a des actes déplacés envers ses camarades de classe féminines. Malgré nos avertissements, cet enfant continue ces gestes. Et malheureusement certains élèves trouvent ces gestes normaux ou banals et ne viennent pas nous en parler. Depuis la séquence, les élèves ont beaucoup plus de facilité à venir me voir pour me dire ce qu’il a pu se passer : ils arrivent à mettre des mots sur des gestes ou des violences, ce qui n’était pas le cas avant.
Et puis, du côté des collègues, cela change aussi. Ma collègue va également lire un album dans sa classe sur ce thème et les a même empruntés pour les lire à ses enfants du même âge. J’ai semé des petites graines !

Téléchargements :

Ressources

Albums de jeunesse :
– La princesse sans bouche aux éditions Bayard Jeunesse
– Le loup aux éditions de la Martinière
– Petit Doux n’a pas peur aux éditions de la Martinière (pour les plus petits)
– Touche pas à mon corps Tatie Jacotte aux éditions les 400 coups
– Ca suffit les bisous ! aux éditions P’tit Glénat
– J’ai peur du monsieur aux éditions Actes Sud junior

Autres ouvrages sur le thème des violences ou de la prévention :
– Jérémy est maltraité dans la collection Max et Lili aux éditions Calligram
– Le petit livre pour apprendre à dire STOP aux violences sexuelles faites aux enfants aux éditions Bayard Jeunesse
– Le petit livre pour apprendre à dire NON aux éditions Bayard Jeunesse
– Et si on se parlait ? des éditions Harper Collins
– Respecte mon corps de la collection Françoise Dolto aux éditions Mine de rien
– Zizettes aux éditions Le Hêtre Myriadis

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